Nouvelle gagnante 2014: L’assassinat des mathématiques

-Et maintenant, nous allons nous amuser !

La classe entière soupira en concert ; en effet, la plupart des élèves assemblées considéraient que l’on tirait peu d’amusement dans la résolution des systèmes d’équations et d’inéquations. Et c’est donc sans enthousiasme que nous sortîmes nos cahiers pour entamer la série d’exercices indiquée au tableau.

La cloche annonçant la fin des cours n’allait pas tarder à sonner et la majorité d’entre nous avait bien autre chose en tête que la résolution de système d’équations (et d’inéquations) aussi passionnant qu’ils puisse sembler.

Lily, ma voisine, lâcha une flopée d’imprécations à voix basse avant de me souffler, encore plus bas, une phrase pour le moins surprenante.

Enfin la sonnerie retentit, marquant la fin du supplice. Une ribambelle de filles de quatorze ans s’élança vers la sortie, quittant les bâtiments du savoir pour s’envoler vers la liberté.

C’est dans mon lit, en rabattant les couettes sur mon visage, que je me remémorais cette étrange remarque. Vraiment pouvait-on en imaginer de plus loufoque ? « Si les Maths étaient une personne, je la tuerais…Si les Maths étaient une personne, je la tuerais… »

****

En haut lieu, on s’agitait ; π3,1415926…(ou π3,14 pour les intimes)était probablement le plus ému – notez qu’il n’y a rien d’étonnant a cela , on panique facilement quand on ne connaît pas (et ne connaîtra)jamais son propre nom en entier. Angoissé, il courrait, s’arrêtait, puis repartait de nouveau, tantôt criant, tantôt gémissant, répétant partout la terrible nouvelle, si bien qu’il n’y eu bientôt personne (ou presque) pour l’ignorer.

Devant la vague de panique qui ne cessait de croître, les trois identités remarquables finirent par décider d’ouvrir une session extraordinaire dans le but de clarifier les choses…

Le 1 arriva le premier, comme il va de soit, suivit du 2, du 3, du 4, du 5, du 6, du 7…pour la suite ça oscillait un peu. Le 8 était tantôt devant le neuf debout, tantôt derrière couché comme si il hésitait quant à la décision à prendre. Derrière arrivaient le +, le –, le ÷, et le *, le théorème de Pythagore ( accompagné de sa réciproque et de sa contraposée)ainsi que celui de Thalès. Et bien sûr les fonctions, les vecteurs et diverses propriétés du cercle, du carré, du rectangle…Et le cercle, le carré, le rectangle […] eux-mêmes.

Si bien que vous vous l’imaginer sans doute, ce fut bientôt un véritable capharnaüm, sans compter que ça parlait dans tous les sens. La plupart d’entre eux ne savaient rien de l’affaire, en profitaient pour saluer de vieilles connaissances, faire une razzia sur les petits-fours et raconter « la dernière »(la dernière quoi, au juste ?). Le théorème de Pythagore, un peu gateux, se récitait lui-même : « Si un triangle est rectangle, alors sont hypoténuse au carré est égal a la somme de ses deux plus petits cotés au carré. Si un triangle est rectangle, alors … » Il y en avait même quelque uns pour croire que π3.14 était mort.

Il fallait reconnaître que ce dernier avait été plutôt confus dans son discours, balbutiant des « Au secours, à l’aide, on m’assassine… » «  on eut cru l’Avare de Molière »se moquaient les variables, assez mauvaises langues.

  • Silence !

Les trois identités remarquables avaient uni leurs voix en cet unique cri. Le brouhaha mit pourtant plusieurs minutes à s’éteindre. «  Une vraie classe de collégiens » persifla (a-b) ² = a ² – 2ab +b ² . A ²+b ² se contenta de lever les yeux au ciel.

Enfin le calme s’installa . (a+b) ²=a ² +2ab+b ² ouvrit la séance.

-Qui a commencé à répendre cette rumeur ?

-C’est x, c’est « le bel inconnu », braillèrent a et b, toujours aussi jalouses de ce dernier.

Le pauvre « bel inconnu » n’avait qu’une envie :disparaître sous terre.

-Je-je…, commença t’il.

-Il préfère passer inco-gnito pouffèrent les deux commères.

-Contente toi de répéter mot pour mot ce que tu a entendu sans enjolivements et exagérations.

-Si-si les maths étaient une personne, j-je la tu-turais.

Il y eu un instant de flottement, suivit d’un bruit sourd: π3,14 venait de s’évanouir. Profitant que l’attention était ailleurs, x s’éclipsa discrètement. Et bien entendu, une fois le malheureux évacué, le silence disparu si vite qu’on eut pu croire qu’il n’eut jamais existé. Les propos fusaient dans tout les sens, catastrophés ou amusé, certains se voulant rassurant, ou encore fatalistes…

-On vas tout mourir, sanglotait 1

-Pff arrête de geindre, se moqua 0. Si on pouvait nous tuer, ça se saurait depuis longtemps.

-Tu dit cela en toute ignorance de cause, soupira le théorème de Thalès. Moi je considère qu’il y a un certain danger. La preuve de nombreux élèves passent leur temps à m’écorcher !

-Hier encore on m’a confondu avec ma réciproque, ajouta celui de Pythagore.

-Et moi avec la contraposée, renchérie cette dernière.

-Ils on le cerveau trop étriqué pour pouvoir me concevoir fit remarqué le ∞ couché pour une fois.

-Ils sont bien plus obtus que nous, soulignèrent les angles.

-Certain nous considèrent comme des démons cruels n’ayant d’autre but que de les torturer. Pour eux mathématiques rime avec diabolique.

-Il y en a tout de même pour nous aduler comme des dieux.

-La plupart nous ignorent royalement.

-Et pourtant, si nous venions à disparaître ils seraient les premier à s’en plaindre. Tant de chose ne saurait fonctionner sans nous.

-L’informatique serait l’un des premiers domaines touché.

-Plus aucune machine ne fonctionnerait sans nous.

-Plus de connections ! Plus de réseau! Plus de satellites!

-Les physiciens, les chimistes et hommes de sciences serait bien embêtés sans nous.Plus aucun calcul de possible.

-Et ce n’est la qu’un début. Les mathématiques sont partout ! Sans nous plus d’angle droit donc plus d’architecture, plus de date donc plus d’histoire…

-Et l’économie ! Plus de statistiques, plus de valeurs boursières…

– Même pour la confection de gâteaux au chocolat ou de crêpes on nous retrouve, nombres et proportionnalité.

-Il n’y aurait guère que les arts pour survivre. La littérature, la musique et la peinture peuvent se passer de nous.

-Pas le cinéma ! Finit le septième art.

-Nous leur sommes indispensable.

-Et ce n’est la qu’une infime partie de notre utilité…

-Et pourtant, pourtant nombre d’entre eux nous haïssent !

-Nous méprisent…

-Nous ignorent, nous jugent inutiles.

-C’est une honte ! Un scandale !

-À cela mes amis, je ne vois qu’une seule solution…La grève !

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